Notre système de vote est-il démocratique ?

Dans un contexte de protestation de plus en plus grand, de confiance altérée, le vote blanc et l’abstention sont la solution pour un grand nombre de citoyens. Dans un pays démocratique, la discussion et le débat sont les rouages de l’innovation politique. Cet article tend à suivre cette logique en présentant sans prétention et sans prise de position une piste de solution au désintéressement massif de la population pour le vote, afin d’initier une réflexion chez le plus grand nombre.

Afin de ne pas rentrer dans un débat politique idéologique, ce propos se focalisera sur le système de vote en lui-même de manière logique. Ce système de vote, unilatéral à deux tours, nous oblige à choisir entre un berger avec un bâton en bois et un autre avec un chien de garde. Il présente en effet plusieurs biais qui tendent à remettre en cause sa fiabilité à être la principale représentation de la démocratie dans notre société.

Un des premiers biais de ce système est celui dit « des petits candidats » ; prenons pour exemple un candidat d’un parti politique de droite, trois mois avant les élections, il est donné favori par les statistiques. Entre temps, trois nouveaux candidats proches de ses idées se déclarent et, au moment du 1er tour, le favori est éliminé. Ces trois petites candidatures qui n’avaient aucune chance de gagner lui ont « volé » des voix. Si l’on faisait un parallèle avec le sport, la finale du 100 mètre ne serait plus attribuée au plus rapide mais à celui qui s’est le moins fait retenir le short par ses proches concurrents… Inconcevable n’est-ce pas ? Pourtant ça ne choque personne en politique.

Une autre incohérence du scrutin majoritaire se caractérise par le vote utile qui pousse des gens à voter pour des candidats « favoris » par défaut car les candidats ayant leur faveur n’ont aucune chance de gagner. Une partie de ce vote comprend également le vote contre un candidat, que l’on ne souhaite pas voir, cette façon de voter est très utile aux politiques qui jouent sur la peur des gens afin d’obtenir plus de voix.

Ce système de vote nous oblige également à ne choisir qu’un seul candidat. Ce qui réduit la complexité de toute notre réflexion politique, nous ne pouvons pas clairement exprimer nos opinions sur chacun des candidats, en effet notre choix sous-entend que tous les candidats pour lesquels nous n’avons pas voté ne nous plaisent pas. Or, il est bien évident que la plupart des votants établisse plus ou moins un classement des candidats, même s’il est très flou.

Enfin, le dernier biais du scrutin unilatéral à deux tours est le paradoxe de Condorcet, un candidat capable de battre chacun de ses concurrents en duel est par contre incapable d’accéder au second tour.

 

Tout ceci réduit la notion de choix lors de nos votes. Mais il existe d’autres façons de voter, notamment une méthode créée par deux chercheurs français du CNRS, Rida Laraki et Michel Balinski; cette méthode, c’est le jugement majoritaire. Elle se déroule de la manière suivante, c’est un vote en un tour, où au lieu de choisir un ou plusieurs candidats, on donne à chacun d’eux une mention, allant de « A rejeter » à « Très bien ».

Le bulletin de vote se présenterait donc de cette façon :

Bulletin vote majoritaire

Cette méthode nous permettrait donc d’exprimer pleinement nos opinions à propos de tous les candidats. Il autoriserait donc, de pouvoir voter pour des petits candidats dont vous êtes le plus proche et des favoris à l’élection sans avoir à faire un choix stratégique entre les deux. Cette méthode est également très efficace, car peu importe le nombre de candidats à l’élection, il n’y aura pas de dispersion de voix.

 

Le jugement majoritaire surclasse également le scrutin majoritaire car cette façon de voter élimine les votes contestataire ou stratégique, un candidat ne pourra plus baser sa campagne sur le fait de barrer la route à un autre candidat. Le fait que le scrutin se déroule en un tour empêche également les rassemblements politiques, un candidat ne pourra plus donner ses voix à un autre.

 

Alors comment ce système marche-t-il ?

Comme précisé sur le bulletin ci-dessus, les votants donnent une mention à chacun des candidats, un candidat sans mention cochée recevra la mention « A rejeter ». Une fois le dépouillement effectué, les résultats se présentent sous cette forme :

dépouillement jugement majoritaire

Afin de connaitre le vainqueur, on tire un trait à 50% et le candidat ayant à 50% la mention la plus élevée gagne. Dans cet exemple les résultats sont :

Pierre = Assez Bien  Jacques = Bien  Jeanne = A rejeter

Paul = Insuffisant   Marie =Assez Bien

Ici, le gagnant est donc Jacques car au moins 50% des votants lui ont accordé la meilleure mention. Si on établit un classement les résultats seraient :

  1. Jacques
  2. Marie
  3. Pierre
  4. Paul
  5. Jeanne

Dans cet exemple, Marie et Pierre ont la même mention majoritaire, alors comment les départagent –t’ont ?

En mesurant la proportion de leur mention supérieure à leur mention majoritaire commune, et la proportion de la mention inférieure, le chiffre le plus élevé détermine le gagnant ou le perdant.

Candidat Votes pour des
mentions
supérieures
Mention
majoritaire
Votes pour des
mentions
inférieures
Pierre 40 % Assez Bien 45 %
Marie 30 % Assez Bien 30 %

 

Ici, la gagnante est Marie, pour le déterminer on compare les quatre proportions et on sélectionne la plus grande. Si elle est associée à une mention supérieure, elle désigne le gagnant dans le cas inverse elle désigne le perdant. Dans notre exemple la proportion la plus grande est 45%, et elle est associée à une mention inférieure elle désigne donc le perdant. Cette technique permet de satisfaire le plus grand nombre.

La limite de cette méthode serait que tous les votants donnent la mention « Excellent » à son candidat favori et « A rejeter » à tous les autres. Mais cette situation serait très rétrograde puisque qu’elle revient à la même chose que le scrutin unilatéral, mis à part qu’il se passerait en un tour.

Lors de la dernière élection présidentielle LaPrimaire.org, en partenariat avec le CNRS, l’Université de Paris-Dauphine et l’Ecole Polytechnique ont ouvert un vote majoritaire en ligne. Cette enquête a rassemblé plus de 52 000 votants dont voici le résultat :

résultat jugement majoritaire 2

Les résultats de cette élection sont ici représentés sous forme de classement :

résultat jugement majoritaire

Le problème de cette enquête est qu’elle a surtout touché des personnes « de gauche », il est donc évident qu’il existe un très fort biais à gauche lors des résultats, ceci aurait été très différent si toute la population avait voté.

Les résultats vraiment intéressant de cette enquête sont plutôt les retours des votants :

A la question :

“Trouvez-vous que la manière dont vous venez de voter exprime mieux ou moins bien votre opinion, en comparaison avec le « système officiel » ?

Graphe scrutin majoritaire

Cette manière de voter est utilisée dans plusieurs votes régionaux en Irlande et en Australie, également dans des votes municipaux aux Etats-Unis. Cette méthode créée il y a 6 ans n’est que très peu utilisée et dans des votes mineurs, pourtant ces avantages sont considérables et avérés. Elle rend obsolète la manipulation de l’opinion publique par les statistiques et offre une réelle opportunité de choix à ceux pour qui le vote est un droit et un devoir en lui redonnant un sens.

 

. Light

 

Source :

https://articles.laprimaire.org/l%C3%A9lection-pr%C3%A9sidentielle-au-jugement-majoritaire-les-r%C3%A9sultats-373e089315a4

https://sciencetonnante.wordpress.com/category/mathematiques/

https://www.youtube.com/watch?v=ZoGH7d51bvc

 

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