Existe-t-il un porno éthique ?

L’essor du BIO a fait naître des réflexes chez les consommateurs: faire attention à la provenance des produits, être sensible aux labels qui garantissent le respect des parties prenantes ou tout simplement s’informer . Cependant, je n’ai jamais entendu parler du BIO en ce qui concerne le produit pornographique. Je ne cache pas plus longtemps l’ironie qu’il y a dans le titre de l’article, défendre un porno éthique alors qu’on peut moralement en condamner la nature-même peut étonner, c’est le but.

Family Guy montre avec un certain génie la barrière floue qui existe – parce que ça arrange (ou dérange) tout le monde – entre la prostitution et la pornographie. Cependant le phénomène de la pornographie est beaucoup trop répandu dans notre société pour continuer de se contenter de le condamner moralement. L’année 2016 a été l’année de tous les records dans le domaine avec 219 milliards de vidéos visionnées dans le monde. Si l’on en croit le synopsis du reportage « Pornocratie: Les nouvelles multinationales du X » diffusé il y a quelques jours sur Canal+ et réalisé par Ovidie, ancienne actrice et réalisatrice du milieu:

En six ans, l’humanité a regardé l’équivalent de 1,2 million d’années de vidéos pornographiques, et plus de cent milliards de pages sont visitées chaque année sur des sites de streaming. À eux seuls, YouPorn et PornHub représentent aujourd’hui 2 % de la bande passante d’Internet.

Cette industrie ne s’est pas développée sans faire de victimes et celles qui sont en première ligne sont les actrices (mais pas que). Aucun cadre légal efficace, ni autours des conditions de travail ni de la protection des droits. La pornographie est sans aucun doute le secteur qui subit le plus le piratage et les actuels géants du marché, qui sont avant tout des hébergeurs de vidéos piratées, ont réussi en moins de dix ans à foutre l’industrie entière à poil. On se retrouve avec des geeks aux mains de structures assez obscures, capables de mettre 3 millions de dollars sur la table pour un espace publicitaire de 20 secondes au Super Bowl (qui sera finalement censuré), mais qui n’ont jamais eu un seul contact avec les êtres humains qui font leur fortune en bout de chaîne. Ces entreprises ont toutes les caractéristiques des multinationales du numérique: elles sont expertes en optimisation financière – elle n’enrichissent qu’elles même -, elles profitent d’un cadre légal à la ramasse, et s’exonèrent de toutes les obligations sociales. Le revenu moyen des actrices a été divisé par deux en quelques années, une évolution inversement proportionnelle à celle des exigences.  On produit avec deux fois moins et on demande deux fois plus, une paupérisation qui entraîne des problèmes sanitaires majeurs: certaines épidémies de MST (syphilis notamment) ont touché des centaines de travailleurs. Plus grave encore, plusieurs cas de viol sont remontés à la surface timidement mais les témoignages sont rares.

La femme objet

Le milieu avait ses stars il y a encore quelques années (cf les Hot d’Or), mais dans les torrents de filles qui nourrissent les catalogues et la soif agressive de choix, les consommateurs ne recherchent plus des noms mais  des tags. Parmi les plus recherchés mondialement selon le rapport annuel de Pornhub: #lesbian, le fameux #MILF, mais aussi #stepmom ou plus localement le déstabilisant #mamanfrançaise qui figure à la troisième place du classement national (cocorico!). Les tags populaires traduisent les fantasmes uniformisés de la masse. L’industrie s’adapte à ses attentes avec une logique de marketing traditionnelle. Une logique qui n’a pas peur de la morale bien qu’elle cache des stratégies inavouables comme la conquête de la part de marché des mineurs. Selon les études, l’âge moyen à partir duquel les mineurs commencent à regarder des contenus pornographiques varie entre 9 et 13 ans. Les mineurs constitue une part de marché considérable et les avertissement (« As-tu vraiment 18 ans ? ») qui figuraient à l’entrée des sites il y a encore quelques années ont disparus. La masturbation est la norme, la pornographie est la norme. Quelle vision de la femme, de l’homme et de la sexualité ? La pornographie représente très majoritairement la domination (souvent violente, pas si rarement très violente) de l’homme sur la femme. Une violence qui habitue, use, désensibilise le regard et qui fait perdre son caractère transgressif à à peu près tout.

Influence

L’influence de la pornographie est à la mesure de sa popularité: elle me touche, te touche, touche tout le monde. Si 75% des moins de 25 ans avouent avoir déjà consommé, les autres 25% ne sont pas épargnés. Difficile de ne pas croiser des culs à tous les coins de rue. Les codes de la pornographie se retrouvent partout: la publicité, la mode, la télé-réalité, la musique, le cinéma, les jeux-vidéos, Instagram, nos fils d’actus, bref nos sphères cognitives. La conséquence directe est la transformation des pratiques et des habitudes: objectivation volontaire, épilation, fellation, obligations en fait…

capture

Il n’est pas rare de ressentir l’injonction qui se cache derrière les titres de la presse sexo féminine (« si tu ne le fais pas, n’espère pas garder ton mec »).

Quand je vois les efforts de mise en scène qui transpirent des photos de profil et autre selfies, j’ai peur que les femmes se considèrent réellement comme des produits disponibles en concurrence. La plupart du temps c’est loin d’être beau, mais c’est érectile. Quand je vois ça j’idéalise ce que pouvaient ressentir Tristan et Yseult et rêve d’un nouvel amour courtois, c’est le seul comportement réactionnaire que je m’accorde.

En écrivant cet article j’ai pris connaissance de l’existence de la chirurgie esthétique du sexe féminin, et j’ai compris qu’en la matière l’idéal de beauté c’est d’avoir les parties génitales d’une gosse de 12 ans. Ça m’inquiète.

La société de l’image montre ses mauvais côtés, on se regarde à travers le regard des autres, ça a toujours plus ou moins existé. Mais j’ai grandi en apprenant que l’on vivait dans l’ère de la sexualité libérée et du féminisme. Bah non . L’obligation sociale d’être à l’aise sur le sujet masque toujours un tabou immense et le combat du féminisme militant s’est emmêlé dans ses priorités.

« Lorsque le féminisme invitait les femmes à se dénuder c’était pour s’affranchir du jugement social et non pour attendre son  approbation » conclue sévèrement Ovidie à la fin du reportage « à quoi rêvent les jeunes filles ? ».

Responsabilité

La pornographie est devenue une jungle incontrôlable, où l’on demande à des femmes qui n’ont concrètement pas réellement le choix, de subir tous les fantasmes qui font vendre, dans des conditions misérables au point que la consommation de drogues pour soutenir la douleur et de médicaments qui permettent l’impossible (Ovidie parle de « quadruple-pénétration »), est devenue monnaie courante. Qui accuser ?

L’inaction politique s’explique: les hommes politiques souffrent d’un décalage générationnel qui fait qu’ils connaissent et comprennent très mal le numérique (on se rappelle du gland au congrès américain qui s’était fait choppé avec des onglets de porn ouvert dans son navigateur, symbole d’une génération qui connait le sujet mais ne le maîtrise pas). De plus, légiférer et restreindre une activité sexuelle ça sonne liberticide et réac’, on préférera provoquer des polémiques sur des non-sujets comme le burkini. Pourtant, techniquement, il serait relativement facile pour l’Etat de demander aux F.A.I. de couper l’accès à certains sites. Mais l’exemple Indien et le bon sens montrent que la coupure nette est loin d’être une bonne solution. En effet, le gouvernement Indien, devant le problème national qu’est la pornographie, avait coupé net l’accès à près de 900 sites provoquant une polémique immense. Dans le pays qui compte le plus de viols au Monde, le sujet est touchy et le gouvernement avait fini par céder.

Difficile de condamner les consommateurs comme le ferait le veganism. La pornographie provoque souvent une addiction et s’apparente plus à une drogue qu’à autre chose (je réponds aux vegans que le saucisson aussi mais ils n’entendent rien).

En revanche on peut sensibiliser et j’espère que cet article aura le mérite de l’avoir fait. Pour le BIO il a fallu l’effort d’irréductibles héros de l’agriculture et des consommateurs qui refusaient qu’on leur serve du poison pour que la politique légifère sur le sujet. Essayez de faire attention à ce que vous regardez pour ne pas vous rendre complice de la misère humaine et de ne pas associer quelque chose de beau: la sexualité, à quelque chose de sinistre: l’exploitation des pauvres gens. Je ne vais pas vous mentir, pour l’instant le porno éthique part perdant, d’ailleurs quand on cherche « porno éthique » sur google, la plateforme nous corrige automatiquement et nous affiche des résultats pour « porno ethnique », loin de ce que l’on voulait trouver…

Moustache

Si l’article marche bien je développerai sur le sujet de l’influence du porno sur la société et sur la misère sexuelle féminine et aussi masculine.


Les sources:

http://www.midilibre.fr/2016/05/17/usa-des-onglets-porno-sur-une-capture-d-ecran-publiee-par-un-candidat-au-congres,1333584.php

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/08/04/l-inde-en-croisade-contre-le-web-pornographique_4710799_3216.html

http://www.paris-premiere.fr/emission-polonium/videos/11553330-pourquoi_ne_protege_t_on_pas_les_enfants_contre_l_acces_au_porno.html

Reportage « A quoi rêvent les jeunes filles ? » : https://www.youtube.com/watch?v=kZQ8GUDscOw

http://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2017/01/15/reconnaitre-et-consommer-du-x-ethique_5062940_4500055.html

http://www.letagparfait.com/fr/2017/01/05/pornhub-devoile-ses-tres-gros-chiffres-pour-2016/

La pornographie peut-elle être éthique ?

https://www.scienceshumaines.com/la-pornographie-influence-t-elle-nos-pratiques_fr_36595.html

http://trash.monq.org/article-2489-Pascal+organisateur+de+bukkake+france.monQ

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